Bobbi Jo Hennigar : en première ligne du système judiciaire

📍Fort McMurray, Alberta

Bobbi Jo Hennigar, de Legal Aid Alberta (LAA), compare son rôle d’avocate de service à celui d’un médecin urgentiste. Toutefois, au lieu d’évaluer plusieurs patients heure après heure, elle aide des clients ayant peu ou pas de connaissances juridiques à faire leur chemin dans un système judiciaire complexe et souvent intimidant.

Les avocats de service sont des juristes qui fournissent des conseils immédiats à des clients confrontés à des problèmes juridiques en droit criminel, de droit de la famille ou d’immigration. Cela peut consister à aider un client à comprendre à quoi s’attendre lors de sa première comparution devant le tribunal, à lui offrir des conseils juridiques sur son dossier ou, dans certains cas, à lui assurer une représentation complète.

« Les gens se présentent au bureau de l’avocate de service. Je ne les connais pas, et ils ne me connaissent pas. Ils m’expliquent leur problème, et j’essaie de trouver une solution rapide et immédiate », indique Mme Hennigar.

S’il n’y a pas de solution immédiate ou si le problème juridique est trop complexe, tout comme un médecin urgentiste, elle orientera le client vers un spécialiste, c’est-à-dire un autre avocat de l’aide juridique spécialisé dans un domaine précis.

« Comme aux urgences, mon rôle consiste à essayer de vous mettre sur la bonne voie, à résoudre le problème immédiat et urgent, puis à vous préparer pour les étapes suivantes. Le droit est un processus de longue haleine. »

Préserver l’accès à la justice dans le Nord

Basée à Fort McMurray, en Alberta, Mme Hennigar s’est jointe à LAA en 2019, au terme de son stage aux bureaux de l’organisation à Edmonton. Née et ayant grandi dans la capitale de l’Alberta, elle aimait aider les clients qui, sans cela, n’auraient pas eu les moyens de s’offrir les services d’un avocat. Lorsque LAA a décidé d’ouvrir son premier bureau dans la région de Wood Buffalo, elle a saisi cette occasion de s’installer dans le Nord pour y occuper le poste d’avocate de service à temps plein, seule dans la région.

Ce lieu d’affectation présente l’avantage d’être relativement proche de sa ville natale, Edmonton, où elle se rend souvent pour voir sa famille, tout en lui permettant d’accompagner des clients issus de communautés diverses d’une manière qui serait tout simplement impossible dans un grand centre urbain.

« Comme je travaille dans une juridiction rurale, j’ai une relation un peu plus régulière avec mes clients, car je suis seule. Je suis un bureau à moi toute seule », explique-t-elle.

Mme Hennigar apprécie cette continuité et la possibilité d’accompagner ses clients tout au long d’un parcours parfois long et compliqué au sein du système judiciaire. Le travail peut être difficile, voire parfois carrément pénible, mais elle sait que son rôle est essentiel pour garantir l’accès à la justice, souvent avec des enjeux qui changent le cours d’une vie.

« Beaucoup de ces gens ne veulent pas avoir affaire au système de justice pénale. Ils ne veulent pas être ici. Ils n’ont personne. Ils ne bénéficient que d’un soutien limité au sein de la communauté, et j’ai la chance d’être cette personne qui se tient à leurs côtés. C’est cette pensée qui me motive à continuer. »

Trouver satisfaction dans la justice réparatrice

Fort McMurray se trouve sur le territoire du Traité n° 8, terre ancestrale des Dénés, des Cris et des Métis. Travailler avec des clients autochtones et participer à des tribunaux non traditionnels ainsi qu’à la justice réparatrice a changé sa vie, explique Mme Hennigar.

Elle a vu des clients qui faisaient des allers-retours devant les tribunaux trouver finalement un chemin vers la paix et la guérison grâce à la justice réparatrice. Non seulement c’est l’un des moyens les plus efficaces d’aider les gens à briser ce cercle vicieux, « mais cela donne beaucoup d’espoir », dit-elle.

Le tribunal de traitement de la toxicomanie est un autre exemple de tribunal spécialisé qui change des vies. L’un des aspects les plus difficiles du métier d’avocate de service, explique Mme Hennigar, est la crainte qui peut s’emparer d’elle lorsqu’un client ne se présente pas à une audience. Quand on travaille avec des clients aux prises avec une forte dépendance, tous ne s’en sortent pas.

« Cela peut être très dur, car on voit ces personnes et on se dit : “Ces gens vont probablement mourir un jour, alors que je les connais.” »

Guérison et épanouissement

Toutefois, Mme Hennigar a également vu des clients guérir et s’épanouir.

L’une des premières personnes qu’elle a représentées devant le tribunal de traitement de la toxicomanie vivait sous un pont et, au plus bas de sa vie, avait perdu la garde de ses enfants. Après près de deux ans de travail acharné, elle se souvient d’avoir croisé cette femme alors qu’elle était sortie acheter une petite piscine pour ses enfants, qui étaient de retour chez elle.

« Quand on a la chance de faire partie de ces systèmes où l’on voit le changement s’opérer, c’est vraiment incroyable. »

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