Voir la personne derrière le client : portrait de l’avocat de service de Lindsay

Selon Karamvir Singh, bon nombre de personnes qui ont des démêlés avec le système de justice criminelle en sont arrivées là après avoir fait un mauvais choix, en raison par exemple d’une dépendance ou d’un trouble de santé mentale. En tant qu’avocat de service au bureau d’Aide juridique Ontario (AJO) à Lindsay, les fonctions de M. Singh combinent le travail d’avocat de service en droit criminel au tribunal local et celui d’avocat de service en milieu carcéral au Centre correctionnel du Centre-Est (CCCE).  

M. Singh s’est joint à AJO en juin 2025. Il est venu au Canada en 2021 pour faire une maîtrise en droit à l’Osgoode Hall Law School, à Toronto. Après avoir obtenu son diplôme, il a été admis au barreau de l’Ontario en 2022, puis a travaillé dans un cabinet d’avocats local avant d’ouvrir son propre cabinet, pour ensuite se joindre à l’équipe d’AJO.   

Originaire de la ville de Mohali, dans l’État du Pendjab en Inde, M. Singh a obtenu son premier diplôme en droit à l’Université du Pendjab après avoir terminé un programme de premier cycle en sociologie. Trilingue (anglais, pendjabi et hindi), il a exercé en tant qu’avocat en droit criminel en Inde avant de venir au Canada.   

Ayant quitté Toronto pour s’installer à Lindsay l’an dernier, M. Singh mène une vie bien remplie comme avocat de service en droit criminel pour AJO. Il passe généralement deux jours par semaine au tribunal local et le reste de la semaine au CCCE de Lindsay.  

Un emploi aux fonctions variées  

Son travail est très varié. Au tribunal, M. Singh entre en rapport avec ses clientes et clients pour les aider dans leurs démarches juridiques en matière criminelle. Il s’emploie à leur obtenir une libération sous caution, les aide lorsqu’ils souhaitent plaider coupable et les conseille au sujet des recours juridiques disponibles. En outre, M. Singh rencontre les procureurs de la Couronne et d’autres avocats, comparaît devant les juges au nom de ses clients et interagit avec le personnel de sécurité et les autres fonctionnaires du tribunal.   

Au CCCE, il rencontre des clients en détention pour parler avec eux des poursuites pénales dont ils font l’objet devant les tribunaux. Ce travail l’amène notamment à remplir des demandes d’aide juridique, à planifier les libérations sous caution, à examiner les pièces aux dossiers (preuves de la Couronne et informations relatives aux affaires des accusés) et à aider à négocier des résolutions.   

Enjeux sociaux plus larges  

Selon M. Singh, les enjeux sociaux se mêlent souvent aux dimensions pénales, et certains clients sont confrontés à de multiples obstacles qui sont interreliés. Une personne pourra par exemple faire l’objet d’une poursuite criminelle tout en étant sans domicile fixe. La combinaison de tels problèmes engendre des difficultés accrues qui peuvent entraver le déroulement d’une affaire.   

« Ils ont fait quelque chose qu’ils n’auraient peut-être pas fait s’ils n’avaient pas été aux prises avec une dépendance, par exemple. Cela a bien sûr des conséquences, mais avant tout, je les considère comme des membres de la communauté qui ont le droit d’accéder à la justice. »  

Des facteurs contributifs, tels des problèmes de santé mentale, conduisent parfois les personnes à commettre des actes qui les amènent devant la justice pénale, explique M. Singh. « Nous voyons des personnes qui sont peut-être incapables de prendre soin d’elles-mêmes. Dans certains cas, ce dont elles avaient réellement besoin, c’était d’être prises en charge par un professionnel de santé, mais faute d’avoir reçu un traitement au bon moment, elles se sont retrouvées dans un établissement pénitentiaire. C’est difficile pour nous, mais je sais que c’est encore plus difficile pour elles. »  

Changer les choses   

Au dire de M. Singh, bien que le rôle d’avocat de service comporte des défis, il apporte aussi de nombreux moments gratifiants. Il se souvient d’un jeune homme qui avait été inculpé pour conduite en état d’ébriété et qui souffrait de problèmes de dépendance. « Je lui ai longuement parlé l’an dernier. Je lui ai dit que s’il ne réglait pas ce problème à la racine, s’il ne contrôlait pas sa consommation d’alcool, d’après mon expérience, il continuerait à faire des allers-retours dans le système judiciaire. »  

M. Singh a également remis au jeune homme des dépliants des Alcooliques anonymes (AA). Il lui a parlé d’autres ressources, l’encourageant à maîtriser sa dépendance. Il y a quelques mois, son ancien client est revenu au tribunal pour le remercier. Il a expliqué qu’il avait profondément changé sa vie et a fièrement montré sa médaille des AA attestant d’un an de sobriété.  

Le client se porte « à merveille » : il a un emploi stable, et il a retrouvé le droit de conduire, explique M. Singh. « Je suis convaincu que s’il ne boit plus, il restera à l’écart du système pénal et continuera à être un membre productif de la société. »  

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